Un changement de cap contraint et forcé, mais aussi une opportunité à saisir

2 octobre 2014

 


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En plus de trente ans d’existence, beaucoup d’obstacles se sont dressés sur le parcours de notre association. Ces difficultés, dont certaines paraissaient à priori insurmontables, ont été franchies à force de volonté, d’acharnement, et grâce à la confiance de nos membres. Animaux en Péril en est toujours sortie renforcée. Nous voici aujourd’hui arrivés à un nouveau tournant de notre histoire. Il n’est pas des moindres.

 

Pas de récompense, cette fois, pour les bonnes volontés

 

Souvenez-vous. Il y a quelques temps, nous vous informions d’un projet de développement de stations d’épuration pour le refuge de Braine l’Alleud, nos bâtiments étant situés en dehors de toute zone d’égouttage. À cette époque, aucune administration régionale ou communale ne nous avait sollicités et c’est sur base volontaire que nous envisagions ce projet écologiquement responsable mais coûteux. Ce que nous ignorions alors, c’est que nous mettions le doigt dans un engrenage qui nous broierait un jour.

 

Animaux en Péril s’est implantée à Braine l’Alleud en 1988. Les bâtiments, abandonnés et en piètre condition, avaient été rachetés pour une somme modeste. En dépit de leur vétusté, ils bénéficiaient d’une implantation isolée et idéale. Malgré le statut industriel de la zone, le refuge dominait de tous côtés des prairies et terrains vagues. C’était une autre ère, un autre contexte, un autre monde.

 

Personne ne parlait alors de permis d’environnement ou d’agrément obligatoire. Une simple lettre de la commune nous avait informés qu’étant situés en zone industrielle, nous n’étions soumis à aucun permis d’exploitation. Rien de plus simple. Mais cet état de grâce ne devait pas durer éternellement. La société a changé. Elle ne laisse plus de place à l’improvisation et à la désinvolture. Une civilisation au sein de laquelle cohabitent plus de sept milliards d’individus se doit d’adopter des règles strictes. La liberté est le prix à payer pour cette transformation. Personne n’a d’autre choix que de se soumettre.

 

Parcours du combattant

 

Il serait trop long de relater toutes les étapes par lesquelles nous sommes passés pour ce qui devait être, au départ, une simple implantation d’un système d’épuration. D’informations contradictoires en demandes incohérentes, en passant par le renvoi du dossier d’un service à un autre, les méandres de la bureaucratie ont avalé deux ans de calvaire administratif, et même la société spécialisée dont nous avions à l’époque loué les services s’y est perdue. Au terme de ce chemin de croix, nous nous sommes entendu dire que la seule issue était un permis unique (urbanisme et environnement) avec mise en conformité des infrastructures existantes. Le couperet était tombé.

 

Une régularisation impossible

 

Malgré l’aide d’un architecte et d’un bureau d’étude spécialisé en permis d’environnement, nous nous retrouvions donc dans une impasse. Après être restés longtemps sous le radar des octroyeurs de permis, nous avions par mégarde réveillé le dragon qui n’avait jamais réalisé notre présence. Notre demande nous imposait désormais les normes urbanistiques actuelles, et non celles de 1988.

 

Certes, dans notre souci permanent de répondre à l’essor de nos activités, nous avons adapté à notre guise les installations au fur et à mesure de nos besoins. Notre sens des priorités était dicté par un seul impératif: le bien-être animal. Hélas, en ce monde de règlements, il n’y a pas de tolérance pour motifs éthiques.

 

Les normes auxquelles doivent désormais répondre nos bâtiments sont entre autres reprises sous deux appellations, PEB et PMR, autrement dit les facteurs énergétiques (isolation thermique) et l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite. Si ces prescriptions partent d’un sentiment légitime, elles se révèlent excessives dans certaines situations, puisque de l’aveu même de notre architecte la conception des infrastructures rend ces adaptations impossibles. Et cerise sur le gâteau, le permis d’environnement ne peut en principe pas être accordé à un refuge pour animaux en zone industrielle.

 

Une situation qui pousse à la réflexion

 

On imagine, à la lecture de ce qui précède, que la conclusion a été pour nous un rude choc. Mais se lamenter n’a jamais aidé personne, et l’incrédulité a fait place à la seule question qui comptait désormais: que faire maintenant?

 

Analyser, dans un premier temps. Nous avons mis les circonstances à profit pour nous pencher sur le travail accompli ces dernières années par Animaux en Péril. Pour chaque situation, nous avons opposé les bienfaits de notre action à l’énergie et à l’investissement exigés. Nous avons également établi la liste de tout ce qui restreignait notre efficacité et parasitait nos forces. Chaque point a été passé au crible, afin d’obtenir des réponses à ces questions fondamentales:

 

  • Sur quel terrain notre action est-elle la plus efficace ?
  • Qu’est-ce qui nous distingue dans le paysage de la protection animale ?
  • Le travail et les moyens investis donnent-ils suffisamment de résultats ?
  • Comment évolue la lutte pour les droits des animaux ?

 

Un objectif dominait nos réflexions: la cohérence. Et de toute évidence, celle-ci ne pouvait être atteinte qu’à travers une rationalisation de nos activités: pour que notre travail de terrain corresponde à notre discours, pour aligner ce que nous faisons sur ce que nous croyons, notre oeuvre doit aujourd’hui être redéfinie et recentrée.

 

Regarder la réalité en face

 

Parmi les contraintes que nous devons gérer se détache en particulier un constat accablant : l’énorme difficulté que représente aujourd’hui la gestion d’un refuge pour chiens et chats. Il y a encore quelques années, nous pouvions nous réjouir d’accueillir une majorité d’adoptants dont la motivation était d’apporter du bonheur à un laissé-pour-compte; force est de constater que ce public est toujours davantage remplacé par des clients-consommateurs plus soucieux d’économie (l’adoption est moins chère que l’achat) que de l’épanouissement de l’animal adopté.

 

Cette nouvelle génération d’adoptants se caractérise par un seuil de tolérance proche de zéro, avec pour conséquence une augmentation exponentielle des retours (c’est-à-dire des animaux qui reviennent après adoption), et ce malgré les informations très complètes fournies sur nos pensionnaires en amont. La difficulté de recruter du personnel d’entretien motivé se fait également plus marquante. Dans le même ordre d’idées, le bénévolat véritablement désintéressé et en accord éthique avec le projet devient également une denrée rare. Bref, les conditions dans lesquelles nous assumons notre mission sont de plus en plus difficiles, et les bénéfices pour le bien-être animal ne sont plus aussi évidents qu’ils l’ont été autrefois.

 

Pas assez de centres pour les autres espèces, et pourtant... elles le valent bien!

 

Parallèlement à ce qui précède, les missions en faveur des chevaux et animaux de ferme n’ont jamais été aussi nombreuses. Les cas de maltraitance sur les équidés sont en nette augmentation ces dernières années, alors même que les refuges accueillant chevaux, poneys et ânes maltraités sont très peu nombreux en Belgique. L’explication réside dans le coût exorbitant que leur fonctionnement engendre: infrastructures, soins et personnel expérimenté nécessitent des moyens beaucoup plus lourds que les animaux de compagnie.

 

L’accueil des chevaux et des animaux de ferme est devenu un point fort d’Animaux en Péril. La réputation du refuge de Meslin l’Evêque, un des plus importants de Belgique, n’est plus à faire. Reconnu unanimement comme une référence, il a été choisi par les ministres Demotte et Onkelinx comme cadre pour des conférences de presse, et accueille souvent des journalistes désireux d’illustrer des reportages sur la cause animale. En outre, le refuge se révèle un excellent support pédagogique: convaincre le public que les animaux de ferme méritent respect et empathie au même titre que les chiens et chats n’est pas simple, et le fait de pouvoir les approcher dans un cadre respectueux permet de changer le regard porté sur eux. En bref, le refuge est notre fierté, son activité illustre particulièrement bien notre philosophie, et il est en harmonie parfaite avec notre pensée.

 

Sur tous les fronts

 

Ce qui précède définit les fondations d’un futur différent, d’une lutte dégagée de ses contradictions. Aujourd’hui, nous pouvons dire que notre action sera plus efficace au prix d’une décision certes difficile, mais porteuse des germes d’un renouveau. C’est pourquoi, Animaux en Péril concentrera désormais exclusivement son énergie, en termes d’accueil, sur les équidés et animaux de ferme. Ces derniers comptent parmi les espèces les plus exploitées, et la mort est souvent la seule récompense d’une vie de servitude et de brimades. Leur protection touche à la structure même d’une société qui vit de l’animal comme d’une simple ressource, et c’est en luttant de manière plus ciblée qu’Animaux en Péril accomplira au mieux cet aspect essentiel de sa mission: redéfinir notre place sur la planète, parmi les autres espèces avec lesquelles nous la partageons.

 

Quant aux chiens et aux chats, force nous est aujourd’hui de laisser leur hébergement aux autres refuges de Belgique, qui sont d’ailleurs près d’une centaine à l’assumer. Rappelons-nous, par ailleurs, que ce n’est pas de plus de cages dont les animaux ont besoin, mais de plus d’adoptants.

 

Toutes les autres activités du refuge seront bien sûr maintenues avec le soutien de nos membres. En outre, si votre fidélité nous reste acquise, d’autres projets prendront corps, les idées d’actions en faveur des animaux ne manquant jamais, qu’elles soient pédagogiques ou militantes.

 

De bonnes nouvelles, et du solide pour le futur

 

Avant de vous informer de ce qui précède, nous voulions être sûrs que le nouveau projet de chantier à Meslin l’Évêque, annoncé récemment, allait obtenir l’aval des administrations concernées. Une réponse positive était indispensable, puisqu’à terme, le siège administratif d’Animaux en Péril migrera dans le refuge athois. C’est une victoire: la construction d’une nouvelle grande écurie est approuvée, le permis unique a été délivré et les travaux débuteront d’ici peu. Nous vous tiendrons évidemment au courant de leur évolution au fil de nos publications.

 

Une migration toute en douceur

 

Concrètement, le refuge de Braine l’Alleud maintiendra une activité partielle jusqu’au 31 décembre 2014, accueillant les chiens et les chats dans le cadre des conventions qui nous lient avec les communes de la région. Les particuliers seront, quant à eux, redirigés vers d’autres refuges.

 

Les adoptions seront évidemment possibles durant toute cette période. Aucun animal accueilli dans nos installations n’aura à souffrir du changement. Si en fin d’année certains de nos pensionnaires n’ont pas séduit de bons adoptants, nous garantirons leur avenir par l’intermédiaire d’un refuge ami. Dans le même ordre d’idées, une structure sera mise en place dans des conditions similaires pour les animaux dont l’adoption se serait soldée par un échec. Nous continuerons également à effectuer des visites chez les adoptants par l’intermédiaire de nos délégués. Toutes ces informations seront détaillées en temps voulu sur notre site web.

 

En attendant que nos activités soient centralisées sur un seul site, le siège social d’Animaux en Péril demeurera à Braine l’Alleud. Cette période de transition devrait durer encore plus d’un an. Dans un premier temps, l’adresse et le téléphone ne changent donc pas. Là encore, nous vous tiendrons au courant des modifications.

 

Conclusion

 

Nous quittons donc un secteur de la protection animale que nous partagions avec bien d’autres associations, afin de concentrer nos moyens sur un domaine qui demeure minoritaire et a grand besoin d’être développé: l’accueil des chevaux et animaux de ferme. Nous maintiendrons de plus nos efforts sur le plan des actions, du lobbying, des poursuites judiciaires contre les tortionnaires, toutes tâches qui, ajoutées à notre havre rural, suffiront à faire de nous une des organisations les plus occupées de Belgique.

 

Nous ne vous demandons qu’une chose: continuer, comme vous le faites depuis plus de 30 ans, à nous soutenir. Sans vous, rien n’est possible. Vous nous avez fait confiance pour mener la lutte, pour prendre des décisions parfois audacieuses mais qui se sont révélées justes, car prises en vue d’un monde meilleur pour un maximum d’animaux. Nos chevaux, ânes, poneys, cochons, chèvres, moutons et tous les autres vous doivent déjà la vie; aidez-nous à leur assurer un avenir.

 

Avec notre plus profonde gratitude pour votre soutien passé mais également à venir, afin que notre oeuvre grandisse et se perpétue,

 

Pour Animaux en Péril,

Jean-Marc Montegnies.

Président