Lynchage des militants anticorrida à Rodilhan: la date du procès est enfin fixée!

5 novembre 2015

 

Mieux vaut tard que jamais: c’est ce que se disent aujourd’hui les militants et associations ayant participé à l’action anticorrida de Rodilhan le 8 octobre 2011. À la grande satisfaction des victimes, la Procureur du Tribunal de Grande Instance de Nîmes a enfin fixé la date du procès de leurs agresseurs, et les 14 et 15 janvier 2016 sont désormais bloqués dans l’agenda de la cause animale par le Parquet de la ville taurine.

 

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Un procès hors normes

 

Après plus de quatre ans d’attente, les 90 militants sauront donc si leur calvaire trouve un épilogue judiciaire à la hauteur de l’horreur encourue. Malgré l’attente interminable, l’optimisme est de mise, puisque la longue enquête menée par un adjudant de gendarmerie est étayée par une quantité impressionnante d’auditions, de vidéos et de photos prouvant les faits, ainsi que par des dizaines de témoignages des victimes, sérieusement blessées pour certaines: pour rappel, fractures et plaies avaient entraîné dans certains cas de longues incapacités de travail, comme ce fut le cas pour Valy, militante d’Animaux en Péril et présidente de Farm Sanctuary aujourd’hui décédée, qui avait souffert entre autres de deux côtes cassées.

 

Une vingtaine d’aficionados seront renvoyés devant le tribunal correctionnel afin d’y répondre de leurs actes.

 

Rappel des faits

 

Le 8 octobre 2011, le CRAC (France), Animaux en Péril (Belgique) et Droits des Animaux (France) organisent une action historique dans les arènes de Rodilhan (banlieue de Nîmes). Ils sont rejoints par des militants de la Fondation Brigitte Bardot, Farm Sanctuary (Belgique), Respectons, CLAM, BAC Marseille, Combactive et Minotaure films.

 

Le but est d’empêcher la torture de six taureaux lors du championnat annuel des toreros débutants, fraîchement sortis de leur école taurine. La stratégie, très étudiée, implique deux équipes distinctes, la première créant une diversion dans les gradins en déroulant des banderoles juste avant le début de la corrida, l’autre envahissant la piste quelques instants plus tard. 65 militants pacifiques prennent ainsi d’assaut le sable des arènes, et s’y enchaînent à genoux et en cercle, avant de dégoupiller des fumigènes couleur de sang.

 

La violence la plus abjecte se déchaîne alors: toreros, équipes techniques et d’entretien, organisateurs mais aussi une bonne partie du public descendent dans l’arène. Durant 35 minutes, ils tabassent impunément les hommes et femmes enchaînés, frappant leur dos, leur tête et leur poitrine à coups de poing, de pied et même de chaînes. Les femmes sont particulièrement visées, subissent des attouchements sexuels, et l’une d’entre elles est déshabillée jusqu’à la taille. Les militants sont dépouillés de leur téléphones, portefeuilles et lunettes. Les preneurs d’images, témoins gênants, sont rossés eux aussi.

 

Durant l’interminable calvaire, les policiers se tiennent à l’arrière-plan, échangeant parfois des sourires. Jean-Paul Fournier, maire de Nîmes, rigole dans sa tribune, mais son homologue Serge Reder, maire de Rodilhan, va plus loin: les caméras le filment parmi les cogneurs, encourageant ses troupes et agressant lui aussi les activistes sans défense.

 

Plusieurs dizaines de militants seront blessés, dont certains gravement, et cela sans parler du traumatisme psychologique. L’événement est sans précédent, car si quelques défenseurs de la cause animale ont été molestés par le passé, cette débauche de sévices est une première. Elle dévoile le vrai visage des amateurs de corrida: il ne s’agit pas pour eux d’honorer une culture, mais de glorifier une pulsion sanguinaire. La violence échauffe et stimule le bon peuple des arènes de Rodilhan

 

Des dizaines de plaintes accompagnées de preuves par l’image et de certificats médicaux sont déposées, et chacun porte également plainte contre la police et les deux maires coupables pour non-assistance à personne en danger.

 

 

Une audience très attendue

 

La dizaine d’activistes d’Animaux en Péril présents lors de l’action se rendront au tribunal de Nîmes, où ils sont convoqués les 14 et 15 janvier. Ils y retrouveront leurs homologues français, venus de tout l’Hexagone afin d’assister à ce qui devrait être le premier grand procès de la lutte anticorrida mettant les aficionados sur la sellette.

 

Les militants seront représentés par des avocats qui déploieront toute leur verve afin de faire condamner les cogneurs de Rodilhan, ces individus nuisibles pour lesquels un opposant pacifique est un obstacle sur lequel on se défoule et dont la souffrance excite. Reste à souhaiter que le lieu même du procès n’influencera pas son issue. Nîmes est la première ville taurine de France, le coeur du territoire ennemi, et le tribunal ne devra se baser que sur les faits, indépendamment de nauséabondes considérations sur le patrimoine culturel.

 

 

  • Reportage au JT d'RTL-TVI: