Bienvenue à Masaï et Mara - Quand une anomalie finit par sauver les vies qu’elle condamnait

6 mai 2016

 

On se souviendra de l’histoire de Brasov, ce veau rejeté par sa mère et pris en pitié par la femme de l’éleveur chez qui il avait vu le jour. Accueilli au refuge, il témoigne de ce que peut être l’existence d’un animal lorsqu’il évite les conditions aliénantes et dépersonnalisantes de l’élevage industriel.

Comme celle de Brasov, l’histoire de Masaï et Mara est exceptionnelle, et prend à contre-pied un système qui exploite sans merci les animaux.

 

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Un appel téléphonique surprenant

 

Il y a quelques jours, un agriculteur contacte la permanence téléphonique d’Animaux en Péril, et demande si nous accepterions de prendre en charge deux très jeunes bovins qu’il souhaite nous confier. Le premier moment de surprise passé, il nous explique que sa fille, une jeune adolescente, le supplie de ne pas mettre à mort ceux que nous baptiserons par la suite Masaï et Mara.

 

Le fermier élève une race bovine dite « Brune de Suisse », et vend d’habitude les produits de son élevage à un marchand engraisseur. Mais ce dernier refuse net les deux veaux: Masaï et Mara sont jumeaux, ce qui est rare, mais ils sont également de sexes opposés, ce qui est exceptionnel. Dans de tels cas, la génisse est généralement stérile, et le mâle de faible constitution.

 

Des animaux sans valeur marchande

 

Le terme « stérile » équivaut à une condamnation à mort pour les jeunes génisses comme Mara, qui ne pourront jamais être gestantes ni par conséquent produire de lait (voir ci-dessous), ce qui signifie qu’elles perdent toute valeur commerciale. Quant à Masaï, le fait qu’il appartienne à une race peu « viandeuse » à la base, doublé d’un développement corporel insuffisant pour son âge, lui ferme la porte des engraisseurs, peu enclins à perdre leur temps avec des « marchandises » non rentables.

 

Un conflit familial évité et deux animaux sauvés

 

Cela fait à notre agriculteur deux animaux invendables qu’il n’a pas l’intention d’élever à perte. La solution habituelle est l’élimination pure et simple (théoriquement par euthanasie), mais l’intervention de la jeune fille sera le galet sur la voie ferrée et fera dérailler le train de la mise à mort. Le pronostic se modifie radicalement: condamnés sur base d’une anomalie, Masaï et Mara seront en fin de compte sauvés par leur particularité. Ils passent de la promesse de l’enfer à celle du paradis, et se voient offrir un billet de lotto gagnant qui a pour nom Animaux en Péril.

 

Ce sursaut d’empathie, qui n’est pas la norme, ouvre brièvement une fenêtre sur un monde clos d’indifférence et d’anonymat. La fleur, éclose sur le fumier d’une cour de ferme, fanera aussi vite qu’elle est apparue, mais nous aurons entre-temps sauvé deux figures emblématiques d’une lutte: Masaï et Mara sont les ambassadeurs d’une espèce torturée par l’élevage moderne, et leur présence au refuge permettra de sensibiliser visiteurs et membres de l’association au calvaire habituellement enduré par les représentants de leur race.

 

Des biberons et encore des biberons

 

Les veaux de l’industrie laitière, entre autres tourments, sont arrachés à leur mère dès la naissance pour être nourris à la tétine industrielle. Chez Animaux en Péril, un protocole de biberons est mis en place pour nourrir nos jumeaux, arrivés avant l’âge d’un mois, et qui doivent téter trois fois par jour.

 

Cette méthode a l’avantage de les rendre familiers avec les gens, et l’« empreinte » se révélera précieuse lorsque Masaï et Mara auront atteint leur taille, leur masse et leur force d’adultes. La socialisation d’aujourd’hui assure leur placidité de demain au contact de nos visiteurs, pour le bonheur (et la sécurité) de tous.

 

 

Laitières, un destin vache

 

L’arrivée de Masaï et Mara nous donne l’occasion de revenir sur un thème de la maltraitance animale encore très méconnu.

Beaucoup de gens, désormais coupés des réalités de la nature, ignorent ce fait de base: pour qu’une vache produise du lait, elle doit mettre au monde un veau, à l’instar de tous les autres mammifères. C’est d’ailleurs la première gestation qui la fait passer du statut de génisse à celui de vache.

Dans l’industrie laitière, les vaches sont inséminées artificiellement tous les 12 mois, et la mise au monde de leur veau déclenche la lactation. Le petit est ensuite retiré à sa mère dans les 24 heures, afin qu’il ne puisse boire le lait qui sera dévié vers les consommateurs. Pour les deux animaux, la séparation est traumatisante, vaches et veaux conservant normalement des relations très fortes durant des années.

Les grossesses à répétition n’interrompent pas la production de lait, avec pour conséquence que les vaches sont exploitées simultanément sur les deux tableaux. Leur organisme, soumis à des contraintes extrêmes, ne peut y faire face, et les maux s’accumulent, en particulier les mammites (inflammations des pis), et les boiteries dues à l’immobilité ainsi qu’à la réclusion.

L’espérance de vie d’une vache laitière se réduit à cinq misérables années, en lieu et place des 15 ou 20 ans de vie auxquels peuvent prétendre les bovins. Elles sont ensuite réformées, c’est-à-dire envoyées à l’abattoir, où leur viande de piètre qualité servira dans des produits tels que la charcuterie. Les jeunes génisses auxquelles elles ont donné le jour prendront leur place en tant que laitières.

 

Les veaux mâles connaissent un destin aussi désespérant, mais de plus courte durée. Venus au monde pour affronter un premier déchirement, celui de la disparition de leur mère, ils sont engraissés pour leur viande avant d’être abattus. Dans la plupart des cas, leur cadre de vie se limite à une stalle individuelle à peine plus grande qu’eux, où la monotonie n’est rompue que par l’écornage et la castration, souvent pratiqués sans anesthésie. Les animaux sont abattus avant d’atteindre deux ans.

 

Masaï & Mara
Masaï & Mara
Masaï & Mara
Masaï & Mara
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