Calvaire inimaginable pour deux équidés à Antoing

22 mars 2017

 

Vendredi 17 mars, un appel de l’UBEAW (Unité Bien-Être Animal de Wallonie) précipite notre équipe d’intervention sur la route: un cheval et un poney, tous deux dans un état de négligence critique, attendent notre aide rue Neuve à Antoing, petite commune de Wallonie picarde.

 

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Une lente dégradation à l’abri des regards

 

Sur base des informations fournies par l’inspecteur vétérinaire, un membre de la famille du propriétaire des animaux aurait déposé plainte. Les faits, pourtant dramatiques, n’ont jamais été signalés auparavant car les équidés ne sont pas visibles depuis la voie publique: relégués à l’arrière d’un bloc de garages, ils passent en outre la plupart du temps enfermés.

L’individu qui les détient déclare qu’il veut bien s’en débarrasser. C’est donc sur cette base volontaire que le sauvetage se déroule, sans l’hostilité habituelle en pareil cas.

 

 

 

 

Situation cauchemardesque

 

À l’arrière des installations, les victimes sont recluses dans des abris bricolés en boxes de fortune. Le fumier s’y est accumulé sur plus de 60 centimètres de hauteur, à tel point que la tête du cheval heurte le plafond bas. De l’aveu même du maître des lieux, les animaux ne sont pas sortis depuis trois mois au moins (et vraisemblablement bien davantage).

Quand les boxes sont ouverts, c’est la consternation. Les malheureux sont dans un état abject, souillés de déjections de la tête aux pieds. La vermine ronge et pèle leur robe jusqu’à laisser à nu la peau enflammée, parfois irritée jusqu’au sang. Les poux s’agglutinent en grappes mouvantes qui s’effritent entre les mains de nos soigneurs.

Poney et cheval présentent un indice corporel (état d’embonpoint) de 1 sur 5, ultime étape avant la mort par dénutrition. C’est la cachexie, ou maigreur extrême qui entraîne une fonte musculaire, le corps s’auto-consommant littéralement. Le poney pèse à peine 70 kilos, le poids d’un gros chien, et sa tête paraît démesurée par rapport à sa silhouette filiforme.

 

Du jamais vu en 24 ans de protection animale

 

Mais l’élément qui frappe le plus est l’état des pieds des animaux. Si le cheval présente déjà des sabots très dégradés, la palme de l’horreur revient au minuscule poney. Ses membres antérieurs se prolongent de deux énormes masses cornées qui se recourbent et effectuent un tour complet sur elles-mêmes, plus une autre demi-révolution pour faire bonne mesure. Cette ombre d’équidé, presque friable à force de maigreur, semble porter aux pieds des cornes de mouflon.

Nous n’en sommes pas à notre première intervention. Nous avons vu notre lot de pieds non entretenus et démesurés avec parfois des rotations de 180°, mais les 540° (un tour et demi) en spirale que nous contemplons ici représentent une navrante première en 24 ans de carrière. La contrainte pour le poney serait celle éprouvée par un petit enfant portant jour et nuit des bottines de sécurité pour adultes alourdies de boue.

 

Rapport vétérinaire accablant

 

Après un transport entouré de mille précautions vu l’état de faiblesse extrême des animaux, poney et cheval sont examinés au refuge par notre vétérinaire. Le constat est le suivant:

 

Le poney hongre de plus ou moins 18 ans, non identifié, de robe alezane, présente :

  • des pieds dits « chinois » de taille démesurée. Il faut environ 10 ans sans aucun parage et une vie au box en continu sur fumier pour arriver à un tel résultat
  • des articulations déformées
  • un pelage couvert de poux
  • une queue trop longue qui couvre le sol sur environ 30 cm
  • un état cachectique (1/5 d’indice corporel)

 

Le cheval de plus ou moins 18 ans, non identifié, de robe grise, présente :

  • un état cachectique (1/5 d’indice corporel)
  • un pelage couvert de poux
  • un retard de parage de plusieurs années avec déformation articulaire

 

Le pronostic vital des animaux, on ne s’en étonnera pas, est réservé.

 

Un de nos soigneurs consacre une journée entière aux premiers soins: dans la chaleur du solarium, le cheval et le poney sont tondus afin d’éliminer un premier contingent de vermine, puis passent au shampooing antiparasitaire avant de recevoir un traitement spécifique pour les poux.

Habillés de couvertures confortables, ils sont ensuite placés en quarantaine, et entament une réalimentation suivant un protocole adapté. Nous leur administrons également un vermifuge, afin d’éliminer leur parasitose interne.

 

Casse-tête pour maréchal-ferrant

 

Les aplombs du poney sont faussés depuis des années par la position contrainte qu’il adopte afin de limiter la souffrance et de conserver son équilibre. Le corps s’est lentement modelé sur l’horrible déformation et une partie au moins des dégâts sera probablement irréversible, au niveau articulaire notamment.

 

24 heures après l’arrivée des rescapés, notre maréchal-ferrant est au refuge, aussi stupéfait que tout le monde, après pourtant 25 ans de carrière professionnelle. Il enlève la plus grosse partie des monstrueuses excroissances cornées, mais tout ne peut être ôté d’un coup: le poney, rebaptisé Poly, compense son handicap depuis tellement longtemps que corriger la posture en une seule fois occasionnerait des douleurs supplémentaires. Le retour à la normalité (ou ce qui s’en approche le plus) sera progressif, de semaine en semaine, et nécessitera un an au bas mot de parages successifs des sabots.

 

Quelle justice pour une décennie de torture?

 

Il est impossible d’imaginer la détresse de ces dernières années, la souffrance omniprésente, la faim qui ronge et désintègre, le supplice des démangeaisons, la réclusion dans l’air empuanti. 365 jours, puis la même durée à nouveau, deux fois, trois fois, quatre fois et plus, toujours davantage de journées implacables et identiques, vingt-quatre heures chacune, soixante minutes par heure. Sous la torture, le temps est infini.

Il reste à espérer que la punition sera, non pas à la hauteur des souffrances endurées (on voit mal comment), mais du moins la plus sévère possible. Le propriétaire ayant fait acte d’abandon volontaire des deux équidés, le transfert de leur propriété vers Animaux en Péril a été immédiat. Mais cette « preuve de bonne volonté », surtout fondée sur une indifférence complète envers les animaux, envers leurs besoins, leur absence ou leur présence, leur vie ou leur mort, n’efface en rien les infractions de maltraitance.

 

En cas de mauvais traitements sur animaux, le procès-verbal de l’inspecteur vétérinaire est envoyé au Parquet, qui a deux mois pour décider de se saisir de l’affaire et envoyer le propriétaire de l’animal devant le tribunal correctionnel, où il risque amendes, peines de prison et interdiction de détention d’animaux.

Si au contraire le Parquet refuse de se saisir de l’affaire et passe la main à l’administration, c’est un fonctionnaire sanctionnateur qui fixera les peines, de nature exclusivement administratives cette fois (amendes).

 

Vu la gravité des faits, notre association estime les amendes administratives insuffisantes. Au cas où le Parquet de Tournai ne semblerait pas vouloir poursuivre, nous prendrons donc les devants, et Animaux en Péril se constituera partie civile auprès d’un juge d’instruction afin que l’affaire soit renvoyée en correctionnelle.

 

 

Calvaire pour deux équidés à Antoing
Calvaire pour deux équidés à Antoing
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