Les refuges pour animaux sont scandalisés : l’administration du « bien-être animal » offre des animaux maltraités sauvés par des refuges à un marchand de bestiaux !

15 mai 2018

 

Les refuges ayant accueilli de nombreux animaux gravement maltraités et saisis à Saint-Denis le 13 mars 2018 viennent d’être informés par l’UBEAW (Unité du Bien-être Animal de Wallonie) qu’ils se verraient retirer une partie des rescapés pour être donnés à un éleveur-marchand.

 

Face à un tel scandale, qui arrive après plusieurs années de collaboration difficile et de méthodes contestées par les associations, les refuges s’unissent et mettent en place un plan d’action pour contrer cette décision lamentable, mais également pour réclamer la dissolution de cette administration, qui révèle maintenant sans fard qu’elle n’est pas au service des animaux. La coalition des associations demande au ministre Carlo Di Antonio de se positionner clairement et de prendre les décisions qui s’imposent face à ce qui ressemble à une attaque frontale vis-à-vis de sa politique en faveur d’une meilleure prise en compte du bien-être animal.

 

Cette décision incompréhensible et totalement scandaleuse d’un point de vue éthique pose non seulement question, mais fait état d’un incroyable mépris à l’égard des refuges agréés.

 

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Rappel des faits

 

Le 13 mars 2018, après de nombreuses plaintes des associations, mais aussi de particuliers, le service inspection de l’UBEAW se décide enfin à ordonner la saisie de près de 80 animaux détenus à la rue Frébutte - 7034 Saint-Denis (région montoise). Le cheptel qui vit dans des conditions désastreuses est majoritairement composé d’animaux de ferme, mais on y trouve également des chevaux, des chiens et des chats. Le jour de l’intervention, des cadavres d’animaux sont découverts au milieu d’un troupeau croupissant sans soins dans trente centimètres d’une fange composée de boue et d’excréments. La situation est telle qu’il ne faudra pas moins de douze refuges agréés pour prendre les animaux en charge. L’état du terrain est à ce point extrême qu’il faudra plus de 6 heures à trente volontaires pour embarquer les animaux.

Comme les nombreux rapports vétérinaires en attestent, l’état sanitaire des animaux est dramatique. Pour certains, le pronostic vital est même engagé.

 

Une lente revalidation

 

Depuis maintenant deux mois, les rescapés de Saint-Denis récupèrent petit à petit et profitent pleinement des installations confortables des refuges. Durant les semaines qui ont suivi l’intervention, les animaux ont bénéficié d’un suivi vétérinaire intensif afin de les débarrasser de leur toison grouillante de vermine et de leur parasitose interne. Les soigneurs professionnels des refuges, mais aussi les bénévoles des associations ont également passé beaucoup de temps à redonner confiance aux animaux. La meilleure récompense de leur travail est qu’aujourd’hui, les anciens martyrs de Saint-Denis s’épanouissent totalement dans un environnement qui correspond à leurs besoins physiologiques, mais aussi éthologiques. L’attachement des soigneurs aux animaux n’est pas quantifiable tant la relation qu’ils entretiennent avec eux est devenue forte tout au long de cette opération de sauvetage. Les voir embarquer dans le camion d’un marchand de bestiaux n’est évidemment pas une option à leurs yeux.

 

Une décision inédite

 

Depuis de nombreuses années, certains refuges agréés se sont spécialisés dans l’accueil des animaux maltraités. Leur expérience et leur efficacité ne sont plus à démontrer. La meilleure preuve en est que ce sont eux qui sont sollicités par les autorités. Ces associations sont dès lors habituées à la procédure qui prévoit qu’endéans les deux mois qui suivent l’intervention, une destination finale est ordonnée par l’administration qui a saisi les animaux. En toute logique et dans l’intérêt des animaux, s’il est considéré que le propriétaire n’est pas jugé apte à les récupérer (très grande majorité des cas), les rescapés sont définitivement confiés aux sanctuaires qui les ont hébergés et soignés.

 

La saisie de Saint-Denis étant considérée comme une des plus impressionnantes de ces dernières années, les refuges attendaient donc, sans inquiétude, l’information qui confirmerait que les animaux leur seraient confiés définitivement. Le rapport ayant conclu qu’il n’était pas envisageable que la propriétaire récupère ses animaux, aucun doute n’était permis.

 

Une promesse non tenue

 

Dans ce cadre, le collectif des refuges tient à préciser qu’il existait un accord moral entre eux et le docteur Élisabeth Bernard, chef du service inspection de l’UBEAW sur le principe que la priorité est donnée aux refuges agréés lorsqu’il s’agit de décider de la destination finale des animaux.

Aujourd’hui, les refuges se sentent donc trahis, au détriment des animaux.

 

Des animaux offerts à un marchand de bestiaux

 

À la lecture du rapport établi par Angélique Debrulle, nouvelle juriste au sein de la cellule « bien-être animal », on comprend que cette dernière n’a pas ménagé ses efforts pour extraire les animaux des refuges. De nombreux échanges avec des candidats souhaitant se voir offrir des animaux attestent de cette volonté. Si plusieurs d’entre-eux ont été déboutés parce que proposant des installations en piteux état et d’autres n’ayant pas respecté les délais, il en est un qui sort son épingle du jeu. En effet, un marchand de bestiaux et éleveur de moutons à Écaussinnes se voit ainsi offrir une douzaine d’ovins dont la brebis cachectique, baptisée Heidi, et qui avait perdu toute sa toison à cause d’une infestation massive de poux. Le calvaire de cette misérable brebis qui allaitait courageusement ses petits avait bénéficié d’une large couverture médiatique.

 

Pour être complet, ajoutons encore que les candidats, acceptés comme refoulés, l’ont été sur base de propositions de Madame Vandenplas, chez qui les animaux ont été saisis !

 

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Pourquoi ?

 

Lorsque la question est posée à l’Unité, celle-ci rétorque que la loi autorise l’UBEAW à donner en pleine propriété des animaux saisis à des particuliers, des éleveurs ou des marchands. Elle précise encore que de son point de vue, l’hébergement en refuge n’est pas nécessairement la meilleure option et qu’un éleveur ou un marchand peut offrir les mêmes garanties qu’un sanctuaire agréé. On croit rêver !

 

Une incohérence morale et un problème éthique

 

Au-delà des déclarations surréalistes de l’UBEAW, les refuges tiennent à rappeler que les soins et l’hébergement des animaux sont majoritairement à leur charge. Les sanctuaires agréés sont financés par des donateurs privés et ceux-ci comprendront difficilement que leur soutien sert à remettre sur pieds des animaux qui vont ensuite être offerts à des individus qui vont les exploiter et les envoyer à l’abattoir.

 

Un scandale de trop

 

Les refuges tiennent aujourd’hui a préciser que dans le souci d’une bonne collaboration avec le service inspection de l’UBEAW, ils se sont gardés de communiquer sur la pitoyable gestion des plaintes pour maltraitance. Jusqu’à aujourd’hui et dans l’espoir que les choses s’améliorent avec le temps, les associations ont particulièrement mis en avant les dossiers qui ont débouché sur une issue favorable. Un scandale de trop.

En effet, les associations de protection animale font depuis longtemps le constat que cette administration censée protéger les animaux n’en a que le titre. Sur le terrain, on peut parler de gestion chaotique et de grand laxisme. Le résultat en est que de nombreuses plaintes ne sont pas traitées tandis que d’autres le sont avec un tel retard ou une indulgence démesurée que des animaux en meurent.

 

Soupçon de corruption

 

Sans faire de procès d’intention, la coalition des refuges fait remarquer que le constat qui précède a probablement été partagé par le Parquet de Mons dans l’affaire du bien connu et multirécidiviste marchand d’Ogy. Lors d’une saisie de plus de 50 chevaux en 2016, la juge d’instruction en charge du dossier a écarté l’UBEAW pour des soupçons de corruption. L’Unité a même été perquisitionnée ainsi que le domicile d’un inspecteur. Sans préjuger d’actes aussi graves, cela révèle au moins que le service inspection du bien-être animal ne renvoie pas une image d’efficacité incontestable.

 

Nous n’allons pas nous laisser faire !

 

Les refuges considèrent que la décision de l’UBEAW est la goutte d’eau qui fait déborder le vase et constitue une véritable déclaration de guerre. Ceux-ci vont se fédérer et mettre en place un plan d’action qui aura non seulement pour but de protéger les animaux qui leur ont été confiés, mais ils communiqueront également, petit à petit, sur les raisons qui les poussent aujourd’hui à réclamer la réforme complète de cette administration.

Des dizaines de militants nous ont déjà informés qu’ils étaient prêts à faire barrage avec leur corps pour empêcher l’envoi à la mort d’Heidi et ses amis.

 

La balle est dans le camp du ministre

 

Dans le milieu, ce n’est plus un secret pour personne que le torchon brûle entre Carlo Di Antonio et la cellule du bien-être animal. La dynamique proactive du ministre n’est pas la tasse de thé des fonctionnaires de l’UBEAW qui n’y voient qu’une forme d’ingérence. Là où Carlo Di Antonio appuie sur l’accélérateur, son administration compense souvent en freinant des quatre fers.

 

Les refuges ont conscience qu’avec ce nouveau scandale, le ministre va se trouver en délicate posture. C’est pourquoi il lui est demandé de ne pas tergiverser et de profiter de l’occasion pour mettre en place de nouveaux outils afin de remplacer cette structure totalement défaillante et si éloignée des attentes des associations, mais aussi de la population.