Abattage illégal de moutons : GAIA, l’UWPA et la FeFRACAF dénoncent la complicité de l’UBEA et de l’AFSCA

3 septembre 2020

 

“La réaction de la ministre du Bien-être animal, Céline Tellier, pose question!"

 

Le 31 juillet dernier, un abattage clandestin était révélé à la rue du Martyr à Bressoux (4020 Liège), en pleine fête de l’Aïd el-Kebir. Huit moutons ont été sacrifiés illégalement dans la cave d’un boucher. Le comble dans cette affaire, c’est que plusieurs abattages avaient été autorisés par l’inspectrice en chef de l’Unité wallonne du bien-être animal sur place (fonctionnaire compétente de la Région Wallonne).

 

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Les faits

 

Huit moutons ont été découverts dans la cave d’un logement à la rue du Martyr à Bressoux. Quatre étaient égorgés, sans étourdissement, pour la fête du sacrifice, également appelé Aïd el-Kebir. Un des moutons encore en vie, en tentant de s’échapper, a percuté une conduite de gaz. Arrivés sur les lieux, les pompiers de Liège ont alors découvert les animaux. Il était évident qu’il s’agissait d’un abattage clandestin. Les pompiers ont dès lors appelé le vétérinaire communal de la ville de Liège, procédure habituelle dans ce genre de cas. Toutefois, l’inspectrice en chef de l’UBEA (Unité du bien-être animal) était déjà présente sur les lieux. Quatre moutons avaient déjà été égorgés. Trois moutons toujours en vie avaient été chargés dans un véhicule de police, et un autre mouton se trouvait dans le véhicule de l’inspectrice.

 

L’inspectrice de la Région Wallonne a alors interdit l’accès au vétérinaire communal de la ville de Liège, lequel aurait voulu intervenir pour sauver les moutons restants et les mettre en sécurité dans un refuge liégeois qui était en mesure de les accueillir. Malgré cela, le vétérinaire a été brutalement sommé de quitter les lieux par l’inspectrice.

 

Ce mercredi, suite à cette affaire, la ministre du Bien-être animal Céline Tellier (Ecolo) a été interrogée par Philippe Dodrimont (MR) au parlement wallon. La réponse décevante de la ministre a provoqué une réaction ferme de GAIA, l’UWPA (l’Union wallonne pour la protection animale) et la FeFRACAF (Fédération francophone des refuges agréés pour chevaux et animaux de ferme). Pour Michel Vandenbosch, président de GAIA, “il est inadmissible qu’un fonctionnaire compétent de la Région wallonne en arrive à autoriser sciemment les abattages illégaux de plusieurs moutons à domicile à l’occasion de la fête du Sacrifice.

 

Aberrant

 

GAIA, l’UWPA et la FeFRACAF dénoncent le fait aberrant qu’un fonctionnaire de l’autorité régionale compétente ait autorisé l’abattage de plusieurs moutons à domicile pendant la fête du sacrifice alors que ces animaux ont manifestement tous été abattus dans l’illégalité! En effet, l’arrêté royal de 1988, toujours en application en Région wallonne, interdit tout abattage prescrit par un rite religieux en dehors d’un abattoir agréé (et bien évidemment régulier) que ce soit avec ou sans étourdissement préalable à la saignée. Michel Vandenbosch, le président de GAIA, ne laisse planer aucun doute: "La ministre du Bien-être animal Céline Tellier a beau dire que les moutons encore en vie avaient été étourdis avant la saignée, cela n’enlève rien au fait que la loi de 1988 interdit tout abattage à domicile dans un cadre rituel. Encore reste-t-il à voir si les animaux ont bien été étourdis, et cela de manière appropriée.” Car, jusqu’à présent, aucune preuve n’a été avancée".

 

Mise en demeure

 

Sébastien De Jonghe, vice-président de l’UWPA exprime sa consternation : “Les autorités ont pris une décision aberrante et incompréhensible à l’opposé de ce qui est attendu d’un service qui est censé veiller au bien-être animal. En aidant un maltraitant, qui commet des infractions à la loi, et en lui restituant les moutons survivants, ils envoient aussi un signal négatif. Sans la décision impardonnable de l’inspectrice en chef, les moutons en question seraient encore en vie.”

 

Jean-Marc Montegnies, président de la FeFRACAF ne mâche pas ses mots : “L’inspectrice doit répondre de sa lourde faute. Le fait qu’une autorité compétente légitime de telles infractions ne peut rester sans suites”. Michel Vandenbosch ajoute : “C’est pour cette raison que nous avons instruit notre avocat, Maître Anthony Godfroid, d'envoyer une mise en demeure à tous les responsables dans cette affaire, et s’il y a lieu, de les poursuivre en justice.”

 

Dans ce dernier cas les trois associations donneront instruction à un huissier de justice de signifier une citation à comparaître devant le tribunal de première instance de Liège.

 

Illégal

 

GAIA, l’UWPA et la FeFRACAF s’étonnent fortement de la réaction de la ministre Tellier, qui justifie la décision d’autoriser des abattages illégaux. En effet, elle affirme que "la personne qui a procédé à l’étourdissement était compétente, que l’administration était là au moment de l’abattage, et que l’AFSCA, également présente, a aussi approuvé la décision”. La ministre Tellier s’appuie donc sur l'approbation de l’AFSCA alors même que le représentant de l’AFSCA sur place a fermé les yeux sur plusieurs infractions flagrantes, à savoir le sacrifice illégal de pas moins de huit moutons. Il est évident que l’abattage d’un tel nombre d’animaux sort du cadre de la consommation familiale. Maître Godfroid explique: "Il n'est pas sérieux de présenter cet abattage à la rue du Martyr comme l'abattage d'un animal dont la viande est destinée aux besoins exclusifs du propriétaire et de son ménage. Huit moutons pour un seul ménage? À l'évidence, le représentant sur place de l’AFSCA n’aurait jamais dû approuver un tel abattage en dehors d'un abattoir. Il s'agit d'une faute lourde dans le chef de l'AFSCA."

 

Arguments de Céline Tellier réfutés

 

Le Président de GAIA réfute la validité des arguments de la ministre du Bien-être animal : “Même si la ministre Tellier apporte les preuves qui appuieraient ses dires, il n’en demeure pas moins que l’abattage rituel à domicile est interdit par la loi depuis 1988. Les quatre moutons qui avaient été trouvés en vie auraient dû être saisis. Ils auraient pu être sauvés d’une mort aussi illégale qu’inutile.” Les fonctionnaires de la Région wallonne compétents qui étaient présents sur les lieux en ont malheureusement décidé autrement, remettant ainsi les pendules trente-cinq ans en arrière.

 

Il est également étonnant qu’à aucun moment la ministre du Bien-être animal n’évoque le caractère éthique plus que douteux. Elle se repose uniquement sur la légalité de la procédure. Elle n’apporte aucune proposition pour que les faits ne se reproduisent plus. Alors qu’il s’agit d’une interprétation très surprenante de la législation et du rôle des services du bien-être animal.